Où observer la faune sauvage en hiver dans les Écrins : mes coins secrets et conseils de naturaliste

14 juillet 2025

Les Écrins en hiver : un territoire exceptionnel pour la faune

Le Parc national des Écrins, l’un des plus vastes espaces protégés de France (91 800 ha), abrite une biodiversité remarquable, avec plus de 185 espèces de vertébrés recensés (source : Parc national des Écrins). Si certaines, comme la marmotte, hibernent profondément, d’autres s’activent malgré les rigueurs de l’hiver. Randonneurs et amoureux de nature peuvent, avec patience et discrétion, croiser la route d’animaux fascinants et adapter leur approche pour ne pas stresser ces habitants vulnérables de la montagne.

  • Diversité : Chamois, bouquetins, lièvres variables, cerfs, blaireaux, aigles royaux, tétras lyre ou menus passereaux vagabondent ou se tapissent dans les vallées, forêts ou falaises.
  • Altitude : La faune s’adapte aux fortes variations d’altitudes (les Écrins culminent à 4 102 m à la Barre des Écrins).
  • Tranquillité : L’hiver, les faibles perturbations humaines offrent des moments propices à l’observation, à condition de rester silencieux et d’éviter les zones sensibles.

Les spots incontournables pour observer la faune hivernale dans les Écrins

1. Le vallon du Tourond (Champsaur)

Ce vallon préservé, à quelques pas de Pont du Fossé, est un haut-lieu d’observation hivernale. Célèbre pour ses populations de chamois et de bouquetins, il devient un véritable laboratoire à ciel ouvert en hiver. Les versants exposés au sud, fréquemment dégarnis de neige, sont particulièrement appréciés par les chamois en quête d’herbe sèche et de pentes débarrassées du manteau neigeux.

  • Espèces phare : chamois, bouquetins, aigles royaux, hermines
  • Meilleur moment : le matin, lorsque la faune descend s’alimenter avant de remonter vers les barres rocheuses
  • Accès : en raquettes depuis le pont du Tourond (2 km, 150 m D+), prudence selon les conditions nivologiques
  • Anectode : En 2023, les agents du Parc ont recensé jusqu’à 15 chamois groupés à une seule intersection de chemin sous le Pic du Tourond (source : Parc national des Écrins, bilan d’hiver).

2. Les balcons du Valgaudemar

Le Valgaudemar, avec ses reliefs austères et ses accès parfois exigeants, se mérite en hiver. Les balcons de la rive gauche (secteur de Villar-Loubière jusqu’au refuge du Gioberney) offrent des panoramas saisissants et multiplient les chances de croiser des chamois et lagopèdes alpins. L’hiver 2018-2019 y a été remarquable pour l’observation du tétras lyre, grâce à la tranquillité offerte par la faible fréquentation (source : LPO PACA).

  • Espèces : chamois, lagopèdes alpins (“perdrix des neiges”), aigles royaux, renards, grand tétras
  • Meilleur spot : corniches et clairières entre le refuge de l’Olan et le Désert en Valjouffrey
  • Conseil : Emporter des jumelles (grossissement 8x32 ou 10x42 conseillé)

3. Forêt du Sapet (Vallouise-Pelvoux)

Entre mélèzes et pins cembro, la forêt du Sapet est un havre pour la petite faune : lièvre variable, hermine, et une abondance d’oiseaux, souvent plus actifs en lisière. Cette zone boisée, partiellement accessible en raquettes par la station de Pelvoux-Vallouise, permet une découverte en douceur et à l’abri du vent mordant. Un réseau de sentiers balisés trace des boucles idéales pour suivre les traces laissées sur la neige fraîche.

  • Espèces : lièvre variable, hermine, sittelle torchepot, mésanges noire et huppée, écureuils
  • Observation : privilégier tôt le matin, quand les empreintes sont toutes neuves
  • Atout : situé à faible altitude (1 250 m), accessible même en cas de risque d’avalanche sur les hauts versants

4. Les hauteurs de Dormillouse (Freissinières)

Dormillouse, village d’altitude unique du Parc, devient le royaume de la tranquillité en hiver. Les pentes et combes autour du hameau sont régulièrement fréquentées par des chevreuils et des cerfs, tandis que le gypaète barbu, réintroduit dans le secteur depuis 2006 (source : LPO), plane parfois dans le ciel cristallin. Les traces de leur passage sont souvent plus accessibles que l’animal lui-même…

  • Espèces : chevreuil, cerf, gypaète, aigle royal, martre
  • Meilleur créneau : au lever et au coucher du soleil
  • Accès : raquettes obligatoires, attention au risque accru de coulées après chute de neige

Quelques espèces emblématiques à guetter en hiver

Espèce Particularités hivernales Astuces d’observation
Chamois des Alpes Actif toute l’année. Se regroupe en harde ; descend dans les vallées pour trouver nourriture et abri du vent. Longues-vues conseillées ; repérer zones ensoleillées après une chute de neige.
Bouquetin des Alpes Très bien adapté ; reste au-dessus de 1 800 m même par grand froid. Approche discrète (attention aux coulées de neige sur pentes raides).
Lagopède alpin Devenu “blanc-neige”. Se camoufle parfaitement et reste en altitude. Observer à distance, rester sur sentiers pour ne pas déranger.
Hermines et belettes Mue blanche l’hiver ; très actives au lever du jour, traces sinueuses sur la neige. Un coup de chance ! Suivre les pistes fraîchement marquées.
Aigle royal/Gypaète barbu Chasseurs majestueux, très visibles quand le soleil luit au-dessus des crêtes. Guetter les zones de vol d’ascendance (cols, falaises exposées).

Conseils pratiques : observer sans déranger

L’hiver rend la faune très vulnérable : chaque calorie économisée est précieuse pour la survie. Le Parc national insiste particulièrement sur certaines règles (charte d’observation de la nature) :

  1. Permanence du silence : limitez voix et déplacements brusques.
  2. Distance de sécurité : toujours garder 150 à 200 m des groupes d’animaux.
  3. Pas de nourrissage : résistez à la tentation même pour les oiseaux, pour éviter dépendance ou maladies.
  4. Respectez zones sensibles et balisages : certains secteurs sont totalement interdits ou balisés pour la quiétude des espèces (zones de quiétude du tétras lyre par exemple, sous-peine d’amende).
  5. Observer à la longue-vue ou aux jumelles : pour apprécier sans perturber.
  6. Photographier sans flash : pour ne pas stresser la faune, particulièrement dans la neige où la lumière se réfléchit déjà fortement.

Pour les amateurs de traces et d’empreintes, l’hiver permet de véritables “enquêtes policières” dans la neige : ronds du lièvre, pointillés des hermines, losanges du renard. Un carnet, un crayon, et l’indispensable guide des traces (LPO) complètent une sortie réussie !

Sorties accompagnées et outils pour parfaire l’observation

  • Les accompagnateurs en montagne et guides nature (liste sur le site du Parc) proposent des sorties “faune” à la demi-journée, sur réservation. Ils offrent jumelles et longues-vues pour faciliter les observations.
  • Les sorties LPO PACA, parfois gratuites, ciblent particulièrement le lagopède et les rapaces (voir calendrier sur paca.lpo.fr).
  • La Maison du Parc National à Vallouise : expositions, conseils actualisés sur les zones de quiétude et la présence animale hivernale (tél. 04 92 23 58 08).
  • Appli mobile Faune-France : pour saisir et consulter les observations partagées (https://www.faune-france.org).

Mieux comprendre la faune pour en prendre soin

S’émerveiller devant la faune hivernale n’est pas anodin : dans les Écrins, on croise une biodiversité à la fois fragile et résiliente. Chaque trace croisée, chaque animal surpris, est un rappel de l’incroyable adaptation du vivant à la rigueur alpine. Il reste essentiel de s’informer régulièrement sur le site du Parc national pour être à jour sur les réglementations et les espèces protégées ou vulnérables. Car respecter la tranquillité de l’hiver, c’est offrir à ces animaux un peu de cette chance dont ils ont besoin pour traverser la saison froide, et c’est aussi la garantie de pouvoir s’émerveiller longtemps de la magie de l’hiver alpin.

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