Lacs de montagne accessibles à pied ou en raquettes : quand l’hiver révèle les Écrins autrement

4 septembre 2025

Paysages gelés et lacs secrets : la magie hivernale des Écrins

Il y a mille manières d’aborder la haute montagne l’hiver, mais s’aventurer jusqu’à un lac d’altitude au cœur des Écrins, c’est s’offrir un spectacle rare. Les lacs, alors drapés de glace et parfois de neige, révèlent leur minéralité brute, cernée d’arêtes blanches. Leurs alentours, muets sous l’épaisseur ouatée, gardent l’empreinte des animaux plus que celle des hommes. Et l’on retrouve parfois, sur la rive immobile, l’incroyable intensité d’un silence que seuls la haute montagne et l’hiver savent inventer.

Du plus connu au plus secret, du plus accessible au plus engagé : tous ne sont pas pour autant à la portée du randonneur hivernal. Analyse et conseils pour choisir l’itinéraire qui vous ressemble.

Un accès restreint mais réel : comprendre l’accès des lacs en hiver

Tous les lacs des Écrins ne sont pas accessibles en hiver :

  • Les routes d’accès et hameaux perchés sont parfois inaccessibles, coupés par la neige ou fermés à la circulation.
  • Certains sentiers sont exposés à des risques d’avalanche importants, même sur de faibles pentes en cas de grosses chutes.
  • La plupart des lacs les plus hauts se situent au-delà de 2000 m, souvent très éloignés des villages, nécessitant matériel d’alpinisme et solide expérience hivernale.

Cependant, plusieurs lacs demeurent accessibles, parfois à la journée, pour randonneurs aguerris, familles motivées ou amateurs de raquette à neige. Selon la météo et le niveau d’enneigement, il existe des options dès 1500-1700 m d’altitude : prudence et anticipation restent de mise (cartes IGN, météo, avalanche, équipement approprié). Source : Parc national des Écrins (ecrins-parcnational.fr)

Panorama des principaux lacs accessibles en hiver

Lac Lauzon : le grand classique du Valgaudemar

  • Altitude : 2009 m
  • Départ : La Chapelle-en-Valgaudemar (Parking du Gioberney)
  • Accès : 1h à 1h30 en aller simple, 250 m de dénivelé.

Situé à la lisière du Parc national, le lac Lauzon reste le lac d’altitude le plus accessible entouré de cimes de plus de 3000 m. Dès le mois de décembre, l’enneigement est régulier mais la montée, modérée et peu exposée, emprunte d’anciennes drailles de bergers, bordées de mélèzes.

Sous la neige, le petit barrage naturel qui forme le lac est souvent enseveli. La surface se fige en janvier, se couvrant parfois d’intrigants motifs de givre. Les pentes qui mènent au lac sont abritées : peu sujettes aux avalanches, bien qu’il faille impérativement respecter les recommandations locales avant le départ. L’aller-retour à la journée est envisageable en famille dès 8 ans (avec raquettes et vêtements adaptés).

Coup d’œil : En hiver, la vallée au départ est très calme, les chamois descendent parfois près de la piste. La lumière rasante de fin d’après-midi y est spectaculaire.

Pour aller plus loin : Siterando

Lac de Lauvitel : la perle sauvage

  • Altitude : 1530 m
  • Départ : Le Bourg d’Arud (accès vélo ou piéton l’hiver)
  • Accès : 2h à 2h30 (dénivelé 600 m, raquettes nécessaires)

Le lac de Lauvitel, le plus vaste des Écrins (37 hectares), dresse au fond de sa cuvette une vaste étendue gelée, prisonnière de puissantes moraines. Moins connu en hiver car l’accès se mérite : il n’y a pas de route déneigée jusqu’au départ en période de neige forte, mais la montée s’effectue en grande partie en forêt, épargnée par les avalanches (évitez tous les hors-pistes).

L’ambiance hivernale est unique : la forêt de hêtres et de conifères s’étire silencieusement sur la montée, et le bassin du Lauvitel, sauvage, offre en février l’un des plus beaux couchers de soleil du massif. L’accès en raquettes est recommandé (itinéraire balisé partiellement), et rares sont ceux qui osent pousser jusqu’au verrou du lac en janvier.

À noter : le lac est inclus dans une réserve intégrale, l’accès à ses rives est donc interdit du 1er mai au 30 septembre, mais possible en hiver si la neige recouvre la zone sensible (source : Réserves Naturelles de France).

Lac de l'Eychauda : un bijou glaciaire aux portes du Briançonnais

  • Altitude : 2514 m
  • Départ : Chambran (route déneigée selon enneigement, voir office de tourisme de Pelvoux-Vallouise)
  • Accès : 3h à 4h (dénivelé 700 m, raquettes et bonne préparation)

L’Eychauda est rarement accessible en plein cœur de l’hiver. C’est toutefois un objectif possible entre fin mars et début mai lors des hivers peu enneigés ou en conditions de neige stabilisée. La montée commence dans la vallée de Chambran, suit un vallon encaissé, offrant peu d’exposition avalancheuse à condition de rester strictement sur l’itinéraire d’été. Au-dessus de 2000 m, la neige peut être profonde et la visibilité vite réduite.

Le spectacle du lac sous la glace, encerclé de hauts sommets (Pic de l’Eychauda, 3512 m), impressionne par son atmosphère lunaire. Sensations d’isolement garanties.

Important : Toujours vérifier avalanche et météo (consulter Météo France).

D’autres lacs à portée de spatules… selon les hivers

  • Lac du Pontet (1940 m, plateau du Villar-d'Arêne, accessible en ski nordique ou raquettes via l’Arsine, panorama sur la Meije, fréquenté par les familles)
  • Lac de Combeynot (2550 m, accès engagé, réservé aux montagnards expérimentés en fin de saison)
  • Lac de la Muzelle (2130 m, accès long et réservé aux conditions exceptionnellement favorables)

Chacun offre, selon les années et le manteau neigeux, une expérience singulière. Toujours contacter les offices de tourisme du secteur pour connaître l’état exact des itinéraires et l’ouverture des routes d’accès (nombreuses routes fermées en hiver, cf. inforoute05.fr pour les Hautes-Alpes).

Conseils pratiques pour s’aventurer jusqu’aux lacs en hiver

  • Préparation précise :
    • Consulter cartes IGN (TOP25 recommandées), bulletin météo (Météo France), et risque d’avalanches (Data-Avalanche).
    • Bien respecter la signalétique hivernale et ne pas sortir des chemins balisés.
    • Prévoir 1/3 de temps de trajet en plus qu’en été (neige, vent, froid).
  • Matériel indispensable :
    • Raquettes solides, bâtons, guêtres, vêtements chauds en trois couches (évacuation-souple-imperméable).
    • Pelle, sonde, DVA (détecteur de victimes d’avalanche) pour tout groupe s’aventurant hors des vallons sécurisés ou dès que risque avalancheur existe localement.
    • Carte IGN papier et GPS.
    • Nourriture énergétique et boisson chaude.
    • Lampe frontale en hiver (jour court, nuit rapide).
  • Respect de la nature : les rives gelées peuvent masquer des zones fragiles (zones humides, zones d’hivernage de la faune). Privilégier les sentiers balisés et minimiser les dérangements.

Astuces : partez tôt pour profiter de la lumière dorée, gardez toujours un œil sur l’évolution du temps (brouillard et vent très piégeurs). Saison idéale pour aller aux lacs : de fin décembre à mars selon années.

Pourquoi les lacs d’hiver ? Sensations et poésie alpine

Accéder à un lac de montagne en hiver, c’est toucher à la part la plus authentique de l’expérience alpine. Loin du tumulte, dans le froid cristallin qui s’accroche aux branches, il y a l’intimité d’un paysage figé. À chacun de ces lacs, il n’est pas rare de croiser la trace d’un renard, d’apercevoir un groupe de chamois sur les crêtes, ou d’écouter le craquement profond de la glace leonant au soleil.

  • Silence absolu : le manque de fréquentation humaine fait du bien à la faune (tetras-lyre, hermines, lagopèdes…)
  • Lumière féerique : orientation nord ou perchée, reflets dorés en hiver, photos uniques.
  • Rencontre avec une montagne plus sauvage : moins de balisage, invitation à l’autonomie et à l’humilité.

Pour les passionnés, noter que sur la première quinzaine de mars, l’enneigement est optimal, et que la glace des lacs peut former des motifs légendaires (“cristaux-feuilles”, “glaçons à spirale” observés au Lauvitel, source : naturehautesalpes.fr).

Regards sur un tourisme responsable : préserver l’esprit des lacs d’hiver

Protéger les lacs de montagne en hiver, c’est choisir de randonner sans laisser de trace, en limitant le dérangement. Dans les Écrins, certains secteurs voient passer moins de 500 visiteurs l’hiver, contre plus de 10 000 l’été (source bilan Parc national 2021).

  • Favoriser les groupes réduits, éviter les rassemblements associés à la surfréquentation (drone, chiens non tenus…)
  • Se renseigner sur la réglementation des zones naturelles protégées (plus de 50 % des lacs des Écrins sont concernés, selon parcnational.fr).
  • Ramener systématiquement déchets et restes alimentaires.

Découvrir les lacs d’hiver dans les Écrins, c’est faire le choix d’un tourisme doux, attentif à la magie des lieux et respectueux des équilibres naturels. De nouvelles pratiques émergent, comme la photo animalière responsable, les micro-aventures en raquettes avec nuitée dans des gîtes écologiques ou la sensibilisation aux risques liés au changement climatique sur les lacs de montagne.

Vers de nouvelles évasions : oser la rencontre d’un hiver authentique

Si la plupart des lacs de montagne des Écrins sommeillent hors d’atteinte du fait de l’hiver, quelques-uns ouvrent grands leurs bras à ceux qui viennent sans bruit, guidés par la lumière et le désir d’un paysage nu. Des recoins du Valgaudemar au secret du Lauvitel, des plateaux du Briançonnais aux abords du Pontet, la magie est là, toute simple, toute silencieuse.

Préparés, équipés, prudents mais curieux, chacun peut vivre l’expérience féérique des lacs gelés, entre éclats d’azur et blancheur immaculée, dans l’intimité de l’hiver alpin. Une autre approche de la montagne, à la fois humble et émerveillée, pour tisser de nouveaux souvenirs dans le massif des Écrins.

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